Nicolas Mathieu – Leurs enfants après eux

Leurs enfants après eux

Heillange. Ses deux hauts-fourneaux désaffectés. La France des ouvriers, de ceux qui ne quittent jamais leur quotidien, qui subissent de plein fouet la crise, les fermetures d’usines et les conflits sociaux, la montée du chômage et celle des extrêmes. Ils ont conscience d’être un peu mal-nés, mais finalement, ils l’aiment bien cette vie au milieu de la cité, de leur cité. Les réunions aux abris-bus, leurs joins roulés à l’arrière de hangars désaffectés et leurs bouteilles partagées au bord du lac. Une vie monotone dans laquelle la violence est monnaie courante, et où elle règle pas mal de problèmes.

14, 16, 18, 20 ans. 1992, 1994, 1996, 1998. Quatre étés des années 90 à suivre les vies d’adolescents, nés plus ou moins chanceux. Il y a Steph’ et Clem’, petites bourgeoises du plus beau quartier d’Heillange ; Hacine, le fils d’immigrés marocains ; Anthony, le timide attachant, et son cousin, qui font ensemble les quatre cents coups. Au fil des ans, ils découvrent l’alcool et la drogue, les filles, le besoin de gagner de l’argent, l’emballement de leur course vers l’indépendance, qui les attire autant qu’elle les repousse. Chacun veut grandir, mais aucun ne veut faire comme ses parents, pingre malgré eux, qui n’arrivent pas à boucler les fins de mois, à mettre un centime de côté, et dont l’unique loisir est la télévision. Ils ont des rêves, tués dans l’œuf, mais veulent y croire encore. Par cette immersion dans ces étés écrasés par la chaleur du soleil qui n’a que le béton sur lequel se refléter, où on tue le temps à traîner, faire la fête, à rêver d’une vie meilleure, où l’on est prêt à tout pour s’arracher à cette apathique monotonie, où l’on subit la vie plus qu’on ne la construit, où l’inaltérable énergie de la jeunesse empêche de se rendre compte que l’on est en train de se construire les souvenirs qui nous rendront nostalgiques demain, Nicolas Mathieu, sans pathos ni amertume, nous (re-)plonge dans le quotidien des Born in The 80’s, de Nirvana à la première étoile des Bleus en coupe du monde.

Nicolas Mathieu nous embarque dans ce peu commun récit initiatique, très justement récompensé en 2018 par le prestigieux prix Goncourt. Sans voyeurisme ni jugement, par la fluidité de son écriture et le naturel suspens qu’il donne à son récit, Nicolas Mathieu nous plonge au milieu des hauts-fourneaux d’Heillange, de ses tours, ses habitants et son quotidien. Les mots sont si justes qu’ils nous transportent dans une ambiance qui nous manquera sans aucun doute ce quatrième été terminé.

J.S

Nicolas Mathieu, Leurs enfants après eux, aux éditions Actes Sud, 425 pages

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