Pierre Lemaitre – Couleurs de l’incendie

Dans l'ombre de la Vieille Dame

Qui n’a pas été surpris d’apprendre que la chute d’Au revoir là-haut n’était pas le point final du chef-d’œuvre de Pierre Lemaitre, récompensé à sa juste valeur lors de sa sortie, en 2013, par le grand prix du roman de l’Académie française et le prestigieux Goncourt ? Cinq ans et une adaptation cinématographique plus tard, l’auteur revient pour un deuxième tome, consacré cette fois à la sœur d’Edouard, Madeleine Péricourt. La macabre page de la Grande Guerre est tournée, et on pourrait penser que la vie va remplacer les sanglants combats. Une illusion furtive, puisque que le livre s’ouvre sur Paul, le fils de Madeleine, se défenestrant, et se fracassant sur le cercueil de Marcel Péricourt, son grand-père, le jour des obsèques de ce dernier. Paul en s’en sortira, mais restera paraplégique. Un geste désespéré que Madeleine, en proie à un incommensurable chagrin, cherche à comprendre, et qui la plonge dans un désespoir marquant le début de sa ruine.

Unique héritière de la banque Péricourt, l’empire de son père, Madeleine n’a cependant pas sa fibre financière. Ne comprenant rien aux affaires, elle s’en remet à celui qu’elle voit comme un homme de confiance. Un homme de confiance qui use et abuse de la naïveté de Madeleine. Mais les vieux adages n’ont jamais tort. Tel est pris qui croyait prendre ; il faut se méfier de l’eau qui dort : la vengeance de Madeleine est machiavélique …

L’histoire d’un entre-deux-guerres et d’une laborieuse reconstruction pour les survivants de la famille Péricourt. 

Il y a toujours quelque chose d’excitant à l’idée de retrouver les personnages d’un roman qui a plu. Mais aussi quelque chose de frustrant quand le héros est mort à la fin du premier tome … J’ai aimé, beaucoup aimé Couleurs de l’incendie, mais quand même pas autant qu’Au revoir là-haut. Vivement le 3ème tome !

J.S

Pierre Lemaitre, Couleurs de l’incendie, aux éditions Albin Michel, 544 pages 

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Julian Fellowes – Belgravia

Brockenhurst

Nous sommes en 1815, à Bruxelles. A la veille de la bataille de Waterloo, Sophia Trenchard ne contient plus sa joie. Fille de simples intendants, les Trenchard, elle est cependant invitée au grand bal de la duchesse de Richmond, qui rassemble le gratin britannique en exil. Le bel et convoité Edmund Bellasis, neveu de la duchesse et fils de la comtesse de Brockenhurst, sera également de la partie … Mais alors que la fête bat son plein, la soirée est interrompue par l’annonce de l’historique bataille de Waterloo, qui coûtera, quelques heures plus tard, la vie d’Edmund Bellasis.

Vingt-cinq ans plus tard, à Belgravia, un quartier cossu qui héberge l’aristocratie Londonienne, la course à l’ascension sociale est en marche. Tea time, scones et garden party sont tant d’occasions pour Lady Brockenhurst de souligner son rang et de rappeler la disparition en héros de son fils aimé.

De leur côté, M. et Mme. James Trenchard pleurent la disparition de leur fille Sophia, morte en couches, vingt-cinq ans plus tôt, tout juste neuf mois après le grand bal de la duchesse de Richmond … Pour étouffer le scandale de la naissance d’un enfant hors mariage, le bébé a été placé, à peine son premier cri poussé, à un pasteur, M . Pope.  

Mais l’ombre de Charles Pope n’a jamais cessé de planer sur la famille Trenchard, et un quart de siècle plus tard, entre héritage, position sociale, désir de vérité et de vengeance, Charles Pope représente tant la descendance de deux enfants disparus, qu’un moyen, pour la famille Trenchard, de se rapprocher de l’inaccessible sphère sociale des Brockenhurst.

La délicieuse fresque d’une Angleterre du début du XIXème siècle, vue par le prisme d’une société bourgeoise en construction. Ce livre est un ballet, celui de nombreux personnages, qui se croisent, se séparent, se mélangent et disparaissent, jusqu’à parfois perdre le lecteur. Un gros roman, qui se lit tout seul, et que je recommande à tous ceux qui comme moi, aiment tant l’ambiance de cette Angleterre victorienne.

J.S

Julian Fellowes, Belgravia, aux éditions 10/18, 528 pages

David Foenkinos – Le mystère Henri Pick

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Delphine Despero travaille dans une prestigieuse maison d’édition parisienne. Chaque jour, des auteurs se frôlent dans les couloirs de Grasset, qui ont ainsi permis à ses yeux de croiser ceux de Frédéric, jeune auteur qu’un premier roman a poussé en tête des gondoles, mais dont le succès semble nettement moins retentissant pour le 2nd opus. Le jeune couple coule des jours heureux dans le petit appartement parisien de Delphine, qui lui propose un beau matin de venir passer quelques jours chez ses parents, dans sa Bretagne natale, à quelques pas du village de Crozon, réputé dans la région pour l’originale initiative de son ancien bibliothécaire. Jean-Pierre Gourvec, plusieurs années auparavant, alors responsable du lieu, a décidé d’en dédier quelques étagères aux manuscrits refusés des maisons d’édition. Depuis, les années ont filé, Gourvec a laissé sa place à sa jeune employée Magali, qui n’a jamais pris la peine de dépoussiérer ces fameuses étagères auxquelles plus personne ne prête attention.

Delphine et Frédéric, que l’amour pour les livres rassemble, entendent parler de cette bibliothèque unique par ces deux seules étagères, où pourrait – ironise-t-il – bientôt se retrouver son second livre, tant le succès est faible. Intrigué par la tranche d’un manuscrit qui semble différent des autres, le couple l’emprunte quelques heures, le temps d’une découverte incroyable. Celle d’un manuscrit qui n’a certes jamais été publié, mais qui a pourtant tout de la pépite littéraire. Convaincus par le succès de librairie qu’auront Les dernières heures d’une histoire d’amour, Delphine et Frédéric le lancent dans le processus éditorial de publication, et dans la recherche de l’auteur anonyme, qui a déposé il y a des années et des années, dans les étagères des livres sans maison d’édition, un chef-d’œuvre.

Ayant oublié dans ma valise le plus précieux accessoire d’un week-end réussi, mon livre, j’ai dû choisir, entre les deux titres se battant en duel sur l’étagère d’un Relay d’appoint dans un hall d’aéroport en travaux, lequel allait m’accompagner pour ces quelques jours. L’espoir d’un coup de cœur littéraire n’était donc pas bien grand, et heureusement. La comédie est gentille, mais pas fine, les pages se tournent, mais on sait déjà ce qu’il y a derrière, les fils sont grossiers et les personnages caricaturaux.

J.S

David Foenkinos, Le mystère Henri Pick, aux éditions Folio, 323 pages

Marguerite Duras – Un barrage contre le Pacifique

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Nous sommes dans l’Indochine du début des années 30. Une institutrice veuve vit avec ses deux enfants, Joseph et Suzanne, dans un miteux bungalow au milieu de la plaine marécageuse de la petite ville de Ram. Un bungalow acheté par la mère, à son arrivée en Indochine, qui, ayant refusé un bakchich aux agents de la ville, s’est vu attribuer un emplacement au milieu de terres qui se sont avérées, après plusieurs années de vains essais, incultivables. A chaque saison des pluies, la mer de Chine monte jusqu’à noyer les cultures. Un drame dans une région où sans semences on ne peut vivre. Désemparée par cette situation inextricable, la mère de Joseph et Suzanne engage toutes ses économies dans un énorme chantier : avec les paysans de Ram, elle tente la construction d’un barrage qui protègera les terres des habitants de ces parcelles maudites des caprices de cette mer tellement forte qu’elle la nomme Pacifique. Un chantier titanesque qui part cependant en fumée à peine la première marée arrivée.

Ruinée, financièrement mais surtout moralement, ce coup signe le début de la descente aux enfers de Joseph, Suzanne, et leur mère, qui, à partir de ce moment, n’aura plus qu’une obsession, une obsession maladive : l’argent.

Aussi, quand le riche mais repoussant planteur Monsieur Jo vient rôder autour de Suzanne, la mère lui pose un ultimatum : tant qu’il n’épouse pas sa fille, M. Jo n’aura avec elle aucun contact physique. S’installe alors entre Suzanne et M. Jo un jeu malsain. Repoussée par l’apparence physique de l’homme, Suzanne est aussi tiraillée avec l’envie de se sortir, elle et sa famille, de la nécessité. Chaque jour, M. Jo vient voir Suzanne au bungalow, et tente de la séduire en lui offrant tout ce qu’elle n’a jamais eu. Des objets qui font plutôt briller les yeux de la mère que le cœur de la fille, qui, le temps passant, ne cède toujours pas aux avances de M. Jo. Désemparé par tant de retenue de la part de Suzanne, M. Jo joue sa dernière carte : il lui offrira l’un de ses énormes diamants, avant de partir, la laissant libre de le suivre ou pas. La mère, voyant dans cette proposition la fin de la misère, n’a ni foi ni loi, et n’hésite pas une seconde : peu importe la décision de sa fille, elle s’empare du diamant, et arpente les rues de la ville dans l’espoir de le vendre la petite fortune qu’elle s’imagine qu’il représente. C’était sans compter le crapaud invisible à l’œil nu, mais qui ôte à la pierre beaucoup de sa valeur. Alors que la mère n’a qu’une obsession, vendre au prix qu’elle le souhaite le diamant, les enfants s’engagent avec difficulté sur la périlleuse route de l’émancipation.

J.S

Marguerite Duras, Un barrage contre le Pacifique, aux éditions Folio, 365 pages

Olivier Bourdeaut – En attendant Bojangles

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L’hymne à la vie et à la liberté d’un couple pour qui l’existence est trop précieuse pour être gâchée par la normalité. Celle de parents originaux qui aiment leur garçon d’un amour sans pareil, et refusent pour lui une vie de conventions, de règles, et de lois. Chez eux, la contrainte n’a pas sa place. On danse jusqu’à pas d’heure au rythme de Mr. Bojangles de Nina Simone. On boit, on fume, on crie, on s’amuse, on se couche quand le soleil se lève ou que Mademoiselle Superfétatoire, l’élégant oiseau ramené de Numidie, houppettes dressées, vient donner des coups de bec à la porte de la chambre. On préfère la Sainte-Georgette à la Saint-Valentin, parce qu’une fête romantique ne peut porter qu’un prénom féminin, on s’appelle Renée, Joséphine ou Marylou, parce qu’après tout, pourquoi n’avoir qu’un seul prénom ?

Une magnifique histoire rocambolesque d’un couple d’attachants originaux, souvent racontée à travers les yeux de leur petit garçon d’une lucidité étonnante. Un petit récit apparemment léger d’une famille qui sans folie ne peut exister. A lire !

J.S

Olivier Bourdeaut, En attendant Bojangles, aux éditions Folio, 172 pages

Daphné du Maurier – Rebecca

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Leurs yeux se sont croisés pour la première fois à Monte-Carlo. Maximilien de Winter, veuf depuis peu, est venu se ressourcer sur le rocher, tandis qu’elle, la jeune narratrice anonyme, accompagne l’acariâtre mondaine Mme Van Hopper, dont elle est la dame de compagnie. Dans le dos de cette dernière, bien trop confiante pour prêter attention à son environnement, une histoire qui ne paraît encore qu’amitié naît entre M. de Winter et la narratrice. Aussi, lorsque Mme Van Hopper décide de quitter Monte-Carlo, et de mettre les voiles pour l’Amérique, quand arrive l’heure de la séparation, M. de Winter tente le tout pour le tout et demande à la narratrice si elle accepte de devenir sa femme. Une union qui laisse sans voix Mme Van Hopper, qui outre la perte de sa femme de compagnie, jalouse la position sociale à laquelle celle-ci va accéder. En devenant Mme de Winter, elle sera aussi la maîtresse de maison de Manderley, le plus majestueux et le plus célèbre des manoirs des Cornouilles, au sud-ouest de l’Angleterre, où se bouscule le gratin britannique lors de fastueuses réceptions.

Mais lorsqu’elle découvre Manderley et son personnel, la narratrice se sent envahie d’un inexplicable mal-être. Mme Danvers, la gouvernante, la dévisage impassiblement avec un regard méfiant, tandis que partout, les murs du manoir sont imprégnés de la présence de Rebecca de Winter, la défunte épouse de Maxim de Winter. Chaque pièce, chaque objet, chaque personne que la narratrice croise lui rappelle qu’elle n’est que la seconde épouse et le pâle remplacement d’une femme exceptionnelle à la cheville de laquelle elle n’arrivera jamais. La jeune narratrice n’a pas sa place à Manderley, ni dans son couple qu’elle semble partager avec une morte. Une sensation qui l’étouffe et la ronge, une distance qui s’installe avec son mari, jusqu’à ce fameux soir, après une réception donnée en son honneur à Manderley, où Maxim de Winter passe aux aveux et explique à sa jeune épouse, la raison d’une pareille distance.

Un classique récompensé à sa juste valeur par une postérité qui le place, près de 80 ans après sa parution, parmi les incontournables du genre. Tea time, scones, frivolités, humour, mondanités, satire, intrigue et enquête, tous les éléments sont là pour nous assurer un délicieux voyage dans le microcosme de Manderley.

J.S

Daphné du Maurier, Rebecca, aux éditions Le Livre de Poche, 633 pages

Véronique Olmi – Bakhita

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Quand le feu se déclare dans le village, c’est qu’ils ne sont pas loin, ces ravisseurs venus voler les vies des peuples noirs. Les vies de ces personnes, qui, parce que noires, sont destinées à être enlevées et maltraitées. Le plus jeune possible, parce qu’un enfant noir, qui court vite, qui n’est pas encore trop abîmé par les coups, ça rapporte plus encore.

Arrachée à ses parents à peine les premières années de sa vie fêtées, la jeune Bakhita, qui se surnomme ainsi pour ne pas salir sa véritable identité, subira avec un courage inqualifiable les pires atrocités de l’espèce humaine. Les années passent, et les coups et la torture sans trêve font oublier à Bakhita les quelques années d’enfance paisible qui ont précédé son enlèvement et sa vie d’esclave. Un oubli témoin d’une détresse psychologique encore plus forte que le poids des coups, qui déforme le fragile corps de Bakhita devenue jeune fille.

Jusqu’à la rencontre avec un consul italien, qui délivrera Bakhita des chaînes de l’esclavage, et le lecteur éprouvé par ces épouvantables pages de torture.

Pire encore que la violence physique, on partage avec Bakhita la détresse psychologique d’une enfant puis d’une femme qui ne reverra jamais, elle le sait, ses parents, frères et sœurs, qui n’aura jamais l’occasion de leur dire qu’elle est en vie. Une enfant devenue femme, qui même délivrée de l’esclave, qui même une fois le repos de l’âme retrouvé, reste une personne noire, différente, que l’on appréhende, que l’on touche afin de s’assurer qu’elle ne tache pas, sur laquelle se posent des regards torves, et dont se méfie avant de l’adorer.

Une lecture très éprouvante, d’une violence inouïe autour de laquelle se tisse toute la biographie de Sainte Bakhita. Un livre difficile à lire, et de ceux qui marquent, que l’on n’oubliera pas d’ici quelques mois. L’histoire d’une véritable esclave, devenue religieuse et canonisée en 2000 par Jean-Paul II.

A lire, le cœur bien accroché.

J.S

Véronique Olmi, Bakhita, aux éditions Albin Michel, 456 pages

Brigitte Kernel – Jours brûlants à Key West

Françoise_Sagan_02A peine âgée de 18 ans, la jeune Sagan s’envole direction New-York pour l’une des plus célèbres séances de dédicaces. L’auteure du mince et sulfureux Bonjour tristesse enchaînera les journées à signer « With all my sympathies », avant d’apprendre, étonnée mais non moins désolée, qu’elle a présenté ses condoléances à son public américain !

Une anecdote qui ouvre le roman, et le récit de sa parenthèse à Key West. Tennessee Williams, en pleine rédaction de La Chatte sur un toit brûlant, son amant Frank Merlot et leur amie de toujours Carson McCullers, auteure du roman culte Le Cœur est un chasseur solitaire, et dont la santé les inquiète, sont en villégiature sur l’île lorsqu’ils apprennent la présence, non loin d’eux, de la nouvelle célébrité du monde littéraire, Françoise Sagan. Conviée par celui qu’elle juge comme l’un des plus grands du monde des lettres, Tennessee Williams, Sagan accepte avec joie l’invitation. Accompagnée de sa fidèle sœur Suzanne, les jeunes femmes quittent la fureur new-yorkaise pour les Keys. Une rencontre entre personnalités littéraires de continents différents, et une Sagan qui bouscule une fois encore, et malgré elle, les conventions les plus établies.

Parce qu’elle est mon auteure préférée, la seule à mes yeux à maîtriser avec une telle justesse les mots, parce que j’admire son état d’esprit et la vie qu’elle s’est construite, j’aborde les romans qui utilisent le nom de Sagan avec beaucoup de précautions. Brigitte Kernel l’explique dès le début : ce livre est un roman, avec la part d’invention qui convient au genre. Une sincérité appréciée, mais qui a pourtant mis dès le départ une distance avec l’épisode la vie de Sagan raconté ici. Un récit romancé qui manque, je trouve, du sel qui fait la vie et la personnalité de Françoise Sagan.

J.S

Brigitte Kernel, Jours brûlants à Key West, aux éditions Flammarion, 268 pages

Elena Ferrante – L’enfant perdue

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On l’ouvre avec joie, on tourne les pages sans même s’en rendre compte, et on est obligé de se refréner pour ne pas dévorer celui qui est, on le sait, le dernier tome de la plus addictive des sagas du moment. Un an après la parution du 3ème volume en France, nous retrouvons enfin Lila et Lenù, désormais devenues femmes et mères accomplies, dans des vies différentes et qu’en apparence tout oppose. Mais les opposés s’attirent, on le sait bien, et le destin des deux amies de toujours va évidemment se recroiser. Deux amies parfois irresponsables, qui partagent leurs histoires et leurs vies, leurs quotidiens impudiques et barbares, souvent infidèles, mais jamais en amitié. Un récit tout en oxymores, dont le personnage principal reste la Naples violente et corrompue, qui raconte les dernières pages de soixante ans d’une tempétueuse mais indéfectible amitié et qui pose, loin de tout jugement, les contradictions qui font la richesse de la condition humaine.

Une dernière page que l’on tourne avec un pincement au cœur, un quatrième tome à la hauteur des trois premiers et quelques derniers chapitres avant de laisser définitivement Lila et Lenù …    

J.S

Elena Ferrante, L’enfant perdue, aux éditions Gallimard, 550 pages

Emily Brontë – Hurlevent

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Nous sommes en 1801. Mr Lockwood, de passage sur les terres du Hurlevent, rencontre Mrs Dean, domestique prolixe. Perplexe face au comportement étrange de son hôte, Mr Lockwood demande à Mrs Dean de lui raconter qui est son maître …

Nous revenons alors en 1771. Mr. et Mrs. Earnshaw vivent au Hurlevent, propriété située à la pointe d’une colline balayée par les vents du nord, avec leurs deux enfants, Catherine et Hindley. A son retour d’un périple de plusieurs jours, Mr. Earnshaw revient accompagné d’un jeune bohémien de six ans, Heathcliff. Différent, affublé d’une mine jugée patibulaire, Heathcliff, secrètement amoureux de Catherine, attire dès le début le mépris de Hindley. Une hostilité violente et réciproque s’empare des deux personnages, et, à la mort de Mr. Earnshaw, Hindley peut enfin déverser sans réserves sa haine contre Heathcliff.

Humilié par le mépris de Hindley et déchiré par son amour impossible pour la jeune Catherine, qui préfère épouser le riche Edgar Linton, Heathcliff se mue en un personnage diabolique, se jurant de réduire à néant la vie des deux familles, les Earnshaw et les Linton. Pour mener à bien ce macabre désir, et s’assurer l’héritage de la fortune des Linton, il épouse la sœur d’Edgar, Isabelle, qu’il fera souffrir à chaque seconde de leur vie conjugale. De cette terrible union, naîtra Linton, lui aussi souffre-douleur de son père. Catherine mourra en mettant au monde une fille du même nom. Heathcliff forcera cette dernière à épouser son fils Linton. Soulagé d’avoir fait souffrir sans répit et anéanti la vie de ceux qu’il considère comme responsables de sa propre souffrance, Heathcliff peut enfin disparaître serein …

Un récit prenant, extrêmement sombre et brutal, mené par des personnages cruels auxquels la haine enlève toute part d’humanité. La mort est obsédante, la violence ponctue chaque scène, le déchaînement psychologique et la noirceur des personnages d’Emily Brontë dérangent autant qu’ils captivent. Un récit insolite et atroce, qui plus de 170 ans après sa parution, fait toujours partie des classiques qui traversent les générations.

J.S

Emily Brontë, Hurlevent, aux éditions Folio, 503 pages