Nancy Mitford – La Poursuite de l’amour

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© CONDÉ NAST ARCHIVE/CORBIS – Entre Deux Guerres: Nancy Mitford (top right) dressed for 1931’s Famous Beauties Ball in a Cecil Beaton photograph. His sister Barbara is second from the left.


Perdu
e dans la campagne d’Alconleigh, la maison de tante Sadie et d’oncle Matthew abrite une joyeuse fratrie composée de sept originaux Radlett. Oncle Matthew, comme ses enfants, est un homme excessif et indiscipliné, qui ne connaît pas le juste milieu. Bien que détestée par ce dernier, Fanny, la nièce d’oncle Matthew, passe beaucoup de temps à Alconleigh. Fanny est la fille de celle qu’il appelle la « Trotteuse », d’une femme, qui est aussi sa sœur, de peu de vertu qui a abandonné son enfant pour suivre ses maris successifs en Europe. Fanny a été recueilli par Emily, une autre de ses tantes, de qui elle a reçu toute l’affection possible.

Fanny et Linda (une Radlett) sont donc deux cousines, très proches en dépit de leurs différences : Linda est une enfant capricieuse et gâtée, Fanny sage et rangée. Les deux fillettes adorent passer du temps à Alconleigh, dans ce qu’elles appellent le placard des Honorables pour comploter et rêver à leur future vie, dans laquelle l’amour prendra une place centrale. Le temps passe et les tempéraments s’affirment, et Fanny, qui mène une vie paisible, nous raconte celle, volage, de Linda, dont les nombreuses dérives font penser à celles de la Trotteuse. L’amour semble être l’unique quête de sa vie, un objectif tel qu’elle se précipite dans des histoires qui se soldent par des échecs. D’abord, et contre toute attente, Linda épouse Antony Krœsing, dont le mérite principal est d’être riche. Avec lui, elle aura une fille, Moïra, dont elle ne s’occupera jamais, la trouvant stupide et repoussante. Son cœur la poussera ensuite dans les bras d’un intellectuel communiste, qui aura des projets à mener toujours plus importants que de s’occuper de Linda. Elle trouvera ensuite le bonheur, de façon totalement inattendue, auprès d’un aristocrate parisien. Mais la montée du nazisme et l’approche d’une guerre mondiale inquiètent Linda, qui pressent que sa petite vie mondaine et son quotidien amoureux pourraient bien être quelque peu bousculés …

La plume de Nancy Mitford raconte avec une finesse et un humour typiquement anglais le quotidien et les préoccupations de la société campagnarde britannique, tellement romanesque. Il est plaisant de savoir que ce roman, en partie autobiographique, comporte de nombreux éléments sur la famille excentrique de l’auteur. Cependant, je ne sais trop quoi en penser. Certes, La Poursuite de l’amour est un roman drôle, frais, léger, mais parfois aussi un peu étrange et même loufoque. Les personnages, bien qu’inspirés des proches de l’auteur, ont des caractères extrêmement différents, très originaux. On avance très rapidement dans l’histoire, et les sauts temporels, inattendus, sont un peu déroutants, surtout en début de lecture. La vie format conte de fées pour un personnage aussi léger que Linda étonne, et la chute, extrêmement soudaine, laisse un goût d’inachevé. L’histoire se resserre au fil des pages autour de celle de Linda, et on aimerait parfois savoir ce que deviennent les autres personnages. Un roman simple et agréable à lire, mais peut être un peu trop dans l’excès …

J.S

Nancy Mitford, La Poursuite de l’amour, aux éditions 10/18, 254 pages

Elena Ferrante – Celle qui fuit et celle qui reste

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Nous les avions laissées, le cœur lourd, et l’espoir que cette belle et malsaine amitié, semblant ne tenir qu’à un fil, résiste. Dans Celle qui fuit et celle qui reste, nous les retrouvons, les deux amies de toujours, Lila et Lenù, plus éloignées que jamais, et pourtant tellement proches. Elles ont grandi, vieilli peut-être, et perdu cette fraîcheur que la vie n’offre qu’aux premières années.

D’un côté, il y a Lila, toujours aussi rude et autoritaire, repoussant parfois son indispensable amie de toujours Lenù, mais qui intrigue et attire les hommes. Divorcée et maman d’un petit Gennaro, cette condition et les obligations de ce statut ne suffiront pas à la faire rentrer dans un moule et à atténuer son tempérament tellement difficile à vivre.

D’un autre, il y a Lenù, écrivaine et mariée à un professeur d’université, maman comblée et gâtée, parfaitement installée dans sa vie personnelle et professionnelle. Evidemment tout n’est en fait pas si simple, et aussi loin qu’ils puissent paraître l’être, le Naples de ses jeunes années, sa famille, ses amis, son quartier tellement populaire, vulgaire et violent, et surtout Lila, ne le sont jamais vraiment. Un passé qui colle à la peau, et dont elle ne peut se défaire – mais le veut-elle d’ailleurs vraiment ? – une ville, des alliances et des séparations, de l’amour haineux, un imbroglio d’histoires que je ne raconterais jamais aussi bien que le fait Elena Ferrante !

J’ai retrouvé avec tant de joie la Lenù que j’ai rencontrée dans L’amie prodigieuse et que j’ai suivie dans Le nouveau nom et je tourne la dernière page de Celle qui fuit et celle qui reste avec lenteur, pour faire durer encore un peu le plaisir. J’ai adoré ce troisième tome d’une saga qui ne prend pas une ride et dont l’intrigue ne se tarit pas. La succession de rebondissements nous oblige à tourner les pages plus vite qu’on ne le voudrait, et les derniers mots de ce troisième tome nous laissent dans un suspens intenable ! Tellement hâte de lire le quatrième et dernier volume, L’enfant perdue, qui, je l’espère, paraîtra bientôt !

J.S

Elena Ferrante, Celle qui fuit et celle qui reste, aux éditions Gallimard, 480 pages

Négar Djavadi – Désorientale

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Montazemolmolk, son arrière-grand-père, était déjà quelqu’un ! Seigneur féodal originaire de Mazandaran, une province au nord de l’Iran, il était le maître d’un harem de femmes dévouées, qui avaient le même rêve d’un moment avec lui. Parmi ses nombreux enfants, Nour deviendra la grand-mère paternelle de Kimiâ, la narratrice ce cette histoire. Nour a été le seul enfant à hériter des yeux bleus de son père. Une fierté telle qu’il fera aussi d’elle son enfant préféré. Mais finalement, cette branche de l’histoire familiale s’efface rapidement. Le jour où Nour meurt, la narratrice, Kimiâ, naît, et avec elle son histoire. Tout le monde avait prédit un garçon … à croire que le marc de café à ses limites ! Mais ce changement de sexe de dernière minute de troublera pas Darius, le père de Kimiâ, qui considèrera toujours sa fille comme son fils. Bref. Nous sommes dans l’Iran des années 1970, déchiré par le régime du Shah puis de Khomeyni. Kimiâ a six oncles, numérotés de 1 à 6 (le 7ème est un écart du grand père, alors on ne le compte pas), six oncles iraniens qui aiment leur pays autant que leur vie. Et il y a Darius. Darius, le père aimant de Kimiâ, et de ses sœurs Leïli et Mina, le mari aimé de Sara, qui le défendra toute sa vie avec panache, le journaliste opposant politique au régime du Shah, l’intellectuel iranien fervent détracteur des régimes en place, le révolté sanguin et convaincu, qu’aucune menace, oppression politique ou militaire ne pourra contenir. « Désorientale », ça pourrait être le nom de cette vie, qu’ont été contraint de vivre, ou plutôt de subir, les Sadr. Arrivée à un point culminant de danger et de non-retour, la famille déchirée par les arrestations violentes et l’oppression, est au pied du mur. Elle n’a plus qu’à fuir en laissant tout derrière elle, souvenir, maison, famille, partir le cœur lourd dans un adieu définitif, fuir clandestinement un pays qu’elle aime mais qui veut la tuer.

Un très grand et beau roman sur la douleur de l’oppression politique, de l’exil et de la quête d’identité d’une jeune femme qui raconte ce qu’elle a vécu avec des yeux d’enfants trop innocents pour tout comprendre, mais que la violence a pourtant fait grandir très vite. Dans ce roman autobiographique, l’auteur nous livre sans tomber dans le pathos, en même avec un certain humour et une parfaite légèreté, la brutalité d’une enfance volée par des régimes anti-démocratiques. Elle raconte l’Iran en quête de progrès et de liberté, qui se retrouve du jour au lendemain muselé par Khomeyni :

« Du jour au lendemain, à l’école, ma sœur et moi devions porter le foulard et une tunique jusqu’aux pieds. La milice révolutionnaire interdisait tout, jusqu’aux déodorants et aux parfums. Si les femmes ne portaient pas le foulard comme il le fallait, elles étaient arrêtées et cravachées. C’était d’une telle brutalité, mes parents pensaient que ça ne pourrait pas durer. On a commencé à tirer sur mon père, la mort dans l’âme, il a quitté le pays puis, quelque temps plus tard, ma mère, ma sœur et moi l’avons suivi. Un passeur est venu nous chercher, et on a traversé les montagnes du Kurdistan à cheval. Il y avait de la neige jusqu’à la taille, les Kurdes ne parlaient pas le persan, on ne comprenait pas ce qu’ils nous disaient. Parfois, je ne voyais plus ni ma sœur ni ma mère, j’étais seule au milieu de nulle part, c’était comme dans un western trash. Mais j’étais petite, le monde se divisait pour moi entre les gentils et les méchants, on était les gentils, on fuyait les méchants, on allait vers la lumière ! »

Un exil incontestablement nécessaire mais pas nécessairement salvateur …

J’ai tellement aimé Désorientale, que si je ne devais conseiller qu’un seul livre dans l’année, ce serait celui-ci !

J.S

Négar Djavadi, Désorientale, aux éditions Liana Levi, 350 pages

Charles Dickens – Un chant de Noël

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Depuis que son ami et associé Marley est mort, Ebenezer Scrooge est un acariâtre grippe-sou solitaire, qui refuse de s’ouvrir aux autres, toute forme de gentillesse ou de compassion, qui est alors détesté et fui de tous. 

« Aucun mendiant n’implorait de lui la plus petite aumône, aucun enfant ne lui demandait l’heure. Jamais, de toute sa vie, homme ou femme ne pria Scrooge de lui indiquer le chemin de tel ou tel endroit. Les chiens d’aveugle eux-mêmes semblaient le connaître et, lorsqu’ils le voyaient approcher, tiraient leur possesseur sous les portes cochères et jusqu’au au fond des cours ; après quoi, ils remuaient la queue comme pour dire : mieux vaut pas d’œil du tout que le mauvais œil, mon ténébreux maître ».

Scrooge déteste Noël, cette atmosphère si joyeuse autour de lui. Il refuse de se mêler à l’allégresse qui s’installe à l’approche du jour de fête, et se tient à distance de toute manifestation de sympathie humaine. Il sera seul le soir du réveillon, ne fêtera pas Noël, et qu’on ne vienne pas l’embêter ! Noël n’est après tout que sottises et vaste fumisterie … Il n’a qu’une obsession, qu’on l’oublie et l’évite, un but qu’il n’a finalement peu de mal à atteindre, vu son désagréable tempérament.

C’était sans compter sur les mystérieuses apparitions qui en dépit de la volonté de Scrooge, traversent les murs et s’invitent jusque dans sa chambre pour le forcer à une escapade surnaturelle. Soumis aux esprits de Noël qui lui ouvrent les yeux sur son passé, son présent et son futur, Scrooge reçoit une belle leçon de vie qui changera sans aucun doute et à tout jamais son comportement …

Un joli conte paru en 1843, qui n’a rien perdu de sa pertinence. Sous sa fraîcheur et son humour, une véritable morale rappelle à tous ce qu’est vraiment Noël, une fête de partage et d’amour, de joies et de réconciliations !

J.S

Charles Dickens, Un chant de Noël, aux éditions Gallimard, 178 pages

Anne Perry – Un Noël à New-York

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A la veille de Noël, la jeune Jemina Pitt, fille du célèbre détective du même nom, accompagne à New-York sa chère amie Delphinia Cardew, qu’elle appelle Phinnie, pour le mariage de cette dernière avec l’aristocrate Brent Albright. Rothwell Albright, le père de Brent, a longtemps été l’associé et la plus proche personne d’Edward Cardew, le père de la jeune fiancée. Un petit monde donc, dans lequel les rumeurs circulent vite. S’il n’y avaient eu les tensions que je vais vous raconter maintenant, la carte postale était parfaite : un mariage de princesse, avec une des plus riches familles de New-York, habillé pour l’occasion d’un épais manteau de neige. Mais voilà, Harley Albright, frère ainé de Brent, a une crainte : que Maria, la mère de Delphinia qui a apparemment abandonné celle-ci à la naissance et qu’aujourd’hui sa fille pense morte, s’invite à la noce. D’après lui, Maria est une vieille folle, alcoolique, qui ne pourrait que provoquer un scandale dont Delphinia ne se remettrait pas. Harley sait que Maria habite New-York, et que les nouvelles dans les journaux de racontars vont vite. Plus que le choc pour la jeune mariée de découvrir que sa mère est finalement vivante, Harley redoute le scandale people et l’image dégradante que cela donnerait à la famille. C’est en tout cas ce qu’il prétend. Il décide alors d’embarquer Jemina dans son plan : retrouver Maria et lui proposer un marché, qu’il faudra négocier avec elle, pour éviter le scandale au mariage. C’est ainsi que Jemina Pitt se retrouve à errer des jours durant, juste avant le réveillon de Noël, dans un féérique New-York enneigé. Arrivant grâce à une série d’indices à retrouver les pas et l’adresse de Maria, la mission devrait être simple : ils n’ont plus qu’à essayer de discuter calmement avec Maria et de la raisonner. Harley ira donc sonner chez Maria, et préviendra Jemina quand il faudra que celle-ci intervienne et le rejoigne. Mais rien ne se passe comme prévu, et lorsque Jemina se rend chez Maria, suite à l’appel d’Harley, celui-ci n’est plus sur place. L’appartement de Maria est ouvert, Jemina entre et retrouve la mère de son amie Phinnie assassinée. Immédiatement jugée suspecte, Jemina doit prouver son innocence. La fille du détective se lance alors dans une course aux indices, qui est pour elle l’occasion de découvrir de lourdes vérités sur la réelle identité de la mère de son amie, ses ambitions et les causes de ses choix, ou plutôt contraintes, passés. Maria n’est pas la femme qu’Harley lui a décrite, et en racontant son histoire à Jemina, il semble avoir omis de lourds éléments. Jemina veut faire la vérité sur cette affaire et éclairer son amie sur sa propre histoire.

Un imbroglio de rebondissements difficile à raconter car souvent tiré par les cheveux. J’ai trouvé cette enquête vraiment lourde, peu crédible, et prévisible ce qui est quand même dommage lorsqu’il s’agit d’un roman policier … Dans la même veine, j’ai donc largement préféré Le Noël d’Hercule Poirot, dont j’ai parlé la semaine dernière 🙂 

J.S

Anne Perry, Un Noël à New-York, aux éditions Editions 10/18, 157 pages

Agatha Christie – Le Noël d’Hercule Poirot

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L’histoire commence le 22 décembre. Simeon Lee est un vieil homme désagréable, qui vit dans une somptueuse maison – enfin, plutôt dans une chambre de sa somptueuse maison – avec son fils aîné, Alfred, et sa femme Lydia. Jadis, il eut une carrière en Afrique du Sud, de laquelle il ramena deux choses : une grande amitié avec un associé, Ebenezer Farr, et un coffre de diamants, qu’il garde fermé aux pieds de son lit. Mais cela nous importe finalement peu, et nous retenons surtout de Simeon Lee un homme odieux, qui a trompé et fait souffrir sa femme jusqu’à sa mort, et qui n’a aucune estime pour ses enfants, ceux qu’il connaît et qu’il a reconnus en tout cas, qu’il méprise au plus haut point :

« Ta mère n’avait pas plus de cervelle qu’un piaf ! Et j’ai comme l’impression qu’elle a transmis ça à ses enfants. Vous ne valez pas un pet de lapin, tous autant que vous êtes ! Vous me dégoûtez ! Vous n’êtes pas des hommes ! Vous êtes des mauviettes lamentables, voilà ce que vous êtes ! (…) Je veux bien être pendu si je n’ai pas quelque part dans le monde un fils un peu mieux que vous, même si vous êtes nés dans le bon lit ! ».

Un homme odieux donc, qui décide cependant vers la fin de sa vie de réunir pour Noël ses enfants, afin de leur lire son testament. Bien contre leur gré, mais pour tenter de recoller les morceaux de cette entente familiale brisée, chaque enfant, avec sa femme, fait alors l’effort de revenir à Gorston Hall pour Noël. Ainsi, George et sa femme Magdalene, David et Hilda, ainsi qu’Harry retrouvent leur frère Alfred et sa femme Lydia, et bousculent leurs habitudes pour répondre au péremptoire souhait de leur père. A leur arrivée dans la maison familiale, ils découvrent avec surprise qu’une jeune femme, Pilar, ainsi qu’un homme, Stephen feront aussi partie de la fête. Pilar est la fille de Jennifer, leur défunte sœur, et Stephen le fils de l’ancien associé de Simeon, Ebenezer Farr. Les éléments sont donc réunis pour passer un joyeux réveillon, fêter les retrouvailles et les réconciliations. C’était sans compter sur la méchanceté viscérale du vieux Simeon, qui pourtant cloitré dans sa chambre, réussit en quelques minutes à réveiller les vieilles et amères querelles et à mettre un irréparable bazar entre ses enfants. Un soir, il demande à son valet de faire monter ses enfants dans sa chambre. Simeon a quelque chose à leur dire, et une dernière brèche à allumer pour faire flamber l’entente familiale avant sa mort : son testament. Un testament qui évidemment ne fait pas l’unanimité et réveille de vieilles querelles entre ses fils. Mais un testament qui soulève surtout un nouveau problème : la place Pilar, fille de la défunte Jennifer …

C’est dans ce contexte lourd et anxiogène que Noël approche. Tant bien que mal, chacun essaie de mettre un peu d’eau dans son vin pour que tout se passe au mieux. Finalement, l’acariâtre Simeon n’est qu’un vieillard qui ne sort jamais de sa chambre … Les enfants se retrouvent donc le soir pour diner, chacun vaque à ses occupations et fait sa vie à Gorston Hall. Quand tout à coup, un hurlement venu d’en haut déchire l’atmosphère et rompt l’apparente quiétude. Tout le monde se précipite à l’étage pour découvrir avec stupéfaction – et peut-être soulagement – que Simeon Lee a été assassiné ! Un meurtre mystérieux et apparemment inexplicable que seul notre Hercule Poirot national pourra élucider.

Du grand Agatha Christie : une intrigue apparemment inextricable, et deux cents pages de suspens, qui se tournent à une vitesse qu’on ne maîtrise plus !

J.S

Agatha Christie, Le Noël d’Hercule Poirot, aux éditions du Livre de Poche, 223 pages

Julian Fellowes – Snobs

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La mère de la jeune Edith Lavery aimerait tant que sa fille épouse un aristocrate de la gentry britannique. Ce serait pour elle l’assurance d’un confort financier, et l’accession à un monde d’apparence qu’elle admire. Lorsque les pas de sa fille – qui est par ailleurs tellement jolie – croisent ceux de Charles Broughton, le fils de la célèbre famille du Sussex, le cœur de la jeune femme, et peut être surtout celui de sa mère s’emballe. En dépit des réticences de Googie – comme se fait appeler la mère de Charles – qui voit cette union d’un œil suspicieux, et redoute l’attrait de la jeune Edith plus pour l’argent et le prestige social que pour son fils, peu de temps après, tout le gratin local célèbre l’union d’Edith Lavery et Charles Broughton. Ils font la une des tabloïds, la presse people s’emballe et lance les pronostiques autour de ce mariage qui brise la tradition des unions endogames. Durant ses premiers mois de jeune mariée, Edith apprend les conventions et les habitudes de cette classe qu’elle ne connait qu’à travers les magazines et les anecdotes de son ancienne vie. Elle s’investit, comme toutes les femmes de sa condition dans des œuvres caritatives, accompagne son mari à la chasse, et s’occupe de l’intendance du foyer et des propriétés. Seulement, ce qu’Edith voyait comme une joyeuse occupation tant que c’était pour elle quelque chose d’inaccessible, devient vite l’enjeu d’un ennui qui l’accable. Edith ne se sent pas à sa place à Broughton Hall, et chaque jour son jeune mari l’exaspère un peu plus. Aussi, lorsqu’elle croise le chemin de Simon Russel, un ami du narrateur, Edith choisit la vie de bohème au détriment de son titre de comtesse. Simon est un acteur inconnu de petits rôles secondaires, qui mène une vie bohème, bien loin des conventions de l’ancienne vie d’Edith. Simon est beau, il a sur elle un total pouvoir d’attirance physique. Lui voit en elle la possibilité d’accéder à un monde qui refuse les artistes comme lui. Seulement, et comme nous pouvions le prévoir, le pouvoir de l’attirance physique n’a qu’un temps, et lorsque l’on a goûté au confort de la vie de château, difficile de s’accommoder dans la durée d’un miteux studio et d’un anonymat que l’on juge dégradant. Une fois la folie des premiers temps passés, la joie de la futilité évaporées, Edith doute d’avoir pris le bon chemin. Simon l’exaspère encore plus que son mari l’énervait, elle se lasse de lui et regrette le temps de son mariage. Seulement, dans un monde où l’apparence est capitale, où chaque fait et geste est publiquement exposé, lorsqu’on a trahi son mari pour partir avec un autre homme, difficile de justifier l’envie d’effacer ses erreurs …

J’ai adoré ce livre, qui nous plonge dans les conflits sentimentaux d’une jeune femme qui se piège elle-même dans ses choix. Elle qui pense troquer le prestige social pour une vie plus épanouissante et intéressante, réalise qu’elle n’a pas inclus dans son équation la question des sentiments et du temps. Rattrapée par son cœur, ce livre n’est pas simplement l’histoire d’une jeune femme qui ne sait que choisir. Une histoire d’amour plus complexe qu’un choix binaire, dans une Angleterre bcbg et un univers encore régi par le poids des conventions. J’adore !

J.S

Julian Fellowes, Snobs, aux éditions du Livre de Poche, 407 pages